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Une nouvelle année 2022… Pour une histoire culturelle du Paradeisos

L’arbre du Paradeisos. Symbole de notre association. Villa Livia. Italie

Chers amis paradésiens. Pour cette nouvelle année 2022, que nous vous souhaitons pleine de santé, et la meilleure pour tous vos projets de vie, nous vous proposons un détour d’histoire culturelle sur cette singulière notion de « Paradeisos » qui anime depuis le début l’esprit de notre association.

C’est un fidèle ami de notre groupe, Michel Cazenove, qui anime régulièrement des visites, conférences et activités pour notre collectif, qui nous propose quelques explications sur le sujet. Merci à lui pour cette contribution instructive, et à vous tous pour vos participations de l’année passée sur le terrain de la maison Monnet.

Motif de fruitiers et d’oiseaux dans le jardin Paradeisos. Villa Livia. Italie

Paradeisos… aux origines d’un mot

Paradeisos est un mot grec qui signifie parc, lieu planté d’arbres où l’on entretient des animaux[1]. D’après Chantraine[2], le mot proviendrait de l’iranien ancien pairi-daeza qui signifie enceinte. Le mot Paradis correspondrait donc à ce que nous appellerions un parc clôturé. Le terme de paradis est employé par Xénophon faisant parler Pharnabase, un satrape perse, dans les Helléniques :

« Mon père m’a laissé de beaux palais et des paradis pleins d’arbres et d’animaux sauvages qui me furent une joie »

Dans l’Anabase, ce même Xénophon parle de la résidence royale et du grand paradis que Cyrus possède à Célènes, ville de Phrygie :

« Cyrus y avait une résidence royale et un grand parc rempli de bêtes sauvages qu’il chassait à cheval quand il voulait s’exercer, lui et ses chevaux. Au milieu du parc coule le Méandre qui prend sa source dans la résidence royale »

Ces paradis n’étaient donc pas des jardins mais plutôt des parcs conçus pour sentir bon, pour favoriser le repos du promeneur et pour étonner le visiteur par la présence d’animaux exotiques. Ils se trouvaient dans la proximité de cités comme Sardes, Babylone ou Ninive. Le paradis était le plus souvent la création d’un gouverneur (satrape) ou d’un roi dans la proximité de son palais. On peut penser à des sortes de zoos où la présence des animaux venait se conjuguer avec la beauté d’arbres remarquables. Un lien quasi structurel unissait bonheur et paradis. Les Grecs y voyaient un lieu de plaisir, de beauté et de richesse. Ce pouvait être aussi un lieu de chasse où le Souverain organisait des parties de chasse pour distraire et épater ses visiteurs. D’ailleurs, le fait que le paradis soit clôturé laisse à penser que cette clôture servait à enfermer des animaux sauvages. On peut même imaginer l’enceinte comme formant une véritable arène où se déroulaient des combats opposant hommes et animaux. Les évènements qui se déroulaient dans les paradis n’étaient donc pas seulement paisibles, ils pouvaient être aussi sauvages et cruels. Nous sommes très éloignés du paradis au sens biblique de lieu de délices. Le paradis perse est avant tout un parc royal symbolisant la force et la richesse du Souverain. Celui-ci s’efforce de recréer un parc qui représente au mieux un jardin originel perdu dans la nuit des temps.


[1] Voir dictionnaire Grec-Français Bailly

[2] Voir P. Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, t. II, p. 857

Motif peint. Villa Livia. Italie

On voit donc que le mot paradis a un fondement historique et que son origine se situe en Perse. Mais si on regarde au-delà de l’Histoire, c’est-à-dire dans les mythes plus anciens, on s’aperçoit que la notion de paradis est d’origine sumérienne. En effet, le paradis revêt un aspect religieux : son exubérance végétale et animale représente physiquement la création par le dieu-souverain d’un jardin originel d’un ordre parfait et d’une félicité totale. On en a la preuve dans le poème intitulé Enki et Ninhursag qui appartient à l’Université de Philadelphie. Le thème du paradis y apparaît, non pas comme un parc, mais comme un lieu, un pays « pur », « propre » et « brillant ». Il existe, dit le poème, une contrée nommée Dilmun où ne règne ni la maladie ni la mort. Il manque seulement l’eau fraîche indispensable aux animaux et aux plantes. C’est pourquoi Enki, le dieu sumérien de l’eau ordonne à Utu, le dieu du soleil, de faire sortir l’eau de la terre et d’en arroser abondamment le sol. Ainsi, Dilmun devient un jardin luxuriant où les vergers alternent avec les prairies. Ninhursag, la grande déesse-mère des Sumériens, a fait pousser huit plantes dans ce paradis. Enki, curieux et attiré par ces plantes, les fait cueillir par son serviteur et les mange l’une après l’autre. Mal lui en prit, car Ninhursag, saisie de colère, maudit Enki et le voue à la mort. C’est peut-être là l’origine de l’idée du péché originel. Tel est le mythe sumérien. On voit qu’il comporte bien des points communs avec celui de la Bible (Genèse, II, 6).

Paradeisos oriental. Jardin de Marrakech. Maroc

Le thème du paradis comme jardin merveilleux se trouve dans un autre poème intitulé l’épopée de Gilgamesh. C’est un récit d’apprentissage sur l’éveil du héros à la sagesse.  Sa première partie relate les exploits de Gilgamesh et de son compère Enkidu, qui triomphent du géant Humbaba et du Taureau céleste, ce dernier suscité contre eux par la déesse Ishtar dont le héros a rejeté les avances. Le récit bascule avec la mort d’Enkidu, punition infligée par les dieux pour l’affront qui leur a été fait. Gilgamesh se lance alors dans la quête de l’immortalité, parvenant jusqu’au bout du monde où réside l’immortel Uta-napishti qui lui apprend qu’il ne pourra jamais obtenir ce qu’il recherche mais lui enseigne l’histoire du Déluge qu’il pourra transmettre au reste des mortels. Au terme de l’épopée Gilgamesh arrive à une montagne devant laquelle veillent des monstres. Il pénètre alors dans un tunnel obscur au bout duquel il atteint un jardin merveilleux. Ses poumons respirent avec délice la brise qui agitait le feuillage des arbres et les fleurs des buissons. Aux branches pendaient des fruits étonnants faits de pierreries ; là où il croyait voir des cerises, c’étaient des rubis ; au lieu de prunes c’étaient des topazes ; et dans les fleurs, les gouttes de rosée étaient autant de perles fines. Ce jardin est le jardin du dieu-soleil, il est le plus délicieux qu’on puisse concevoir. Cette description d’un jardin merveilleux fait évidemment penser au jardin d’Eden de la Bible[1]. On peut imaginer sans trop se tromper que les auteurs de la Bible connaissaient cette épopée et s’en sont inspirés pour écrire leur récit de la Genèse.

Que conclure sur cette enquête concernant le paradis ? Certainement que le paradis trouve son origine en Mésopotamie dans les mythes babyloniens de création. Le paradis est alors un jardin merveilleux créé par un dieu pour le plaisir des dieux. L’homme est créé comme un esclave de ces dieux, mais il se révolte, puis il est puni par différents fléaux. L’homme qui se souvient d’avoir vécu auprès des dieux, garde la nostalgie d’un jardin de délices qu’il cherche à reproduire sous la forme d’un jardin clos. De là, l’origine des jardins ou parcs historiques dont nous parle Xénophon. Dès lors, le paradis n’est plus un objet mythique mais bien un jardin réel, savamment aménagé par le Souverain pour son plaisir et l’agrément de ses visiteurs. Le paradis ainsi conçu comprend trois éléments essentiels : le végétal (arbres et plantes remarquables), l’animal (animaux sauvages ou exotiques), l’eau (voies d’eau pour irriguer les plantes et favoriser le plaisir des yeux par des étangs et des fontaines). Sur le plan religieux, le paradis représente le monde du Bien et il est séparé du monde du Mal par une clôture. Il est signe de la puissance régénératrice du dieu dans un environnement désertique tel que la Mésopotamie.


[1] Comparer avec le récit de la Bible en Genèse 6, 1-9-17

Encore merci à Michel, avec encore bien d’autres articles à venir sur cette grande histoire culturelle des jardins de paradis !

Avec encore tous nos vœux pour la nouvelle année, que vous trouviez toujours tout le temps et l’énergie de cultiver votre jardin de paradis, et continuer aussi à cultiver ensemble nos projets communs !

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